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samedi 5 avril 2014

Je suis toujours là

Cela fait un long moment que je n'ai plus écrit ici. Tout simplement parce que je n'en avais plus envie.
Pas que je vous snobe, juste que je préférais me taire.

Vous savez, il y a quelques années, avant de commencer ma transition, je mentais tout le temps à tout le monde, y compris à moi-même.
Je faisais croire que j'étais une personne heureuse, forte et que rien ni personne ne pouvais m'atteindre.
Que je pouvais faire face à toutes les situations.
Tout le monde y a cru. Moi aussi je me suis laissée bernée par moi.

Etre trans a un gros avantage : on devient plus forte. On doit tellement travailler sur soi qu'on apprend à maîtriser ses sentiments. A encaisser beaucoup de choses. Etant en plus en surpoids depuis mon adolescence, je devais aussi me battre contre ça à l'école. Je pense que si je suis toujours en vie aujourd'hui, c'est grâce à cette force que j'ai développé au fil des ans.

Si vous êtes un habitué du blog, vous connaissez moi histoire. Vous savez que ma transition a commencé le jour où j'ai voulu en finir définitivement. Ce jour-là, j'ai décidé d'opter pour le quitte ou double : je tente la transition et si ça ne va pas, il sera toujours temps de me tailler les veines plus tard.

Je pensais qu'en "changeant de sexe" j'allais enfin vivre ma vie. Pouvoir parler de moi sans retenue. Ne plus être obligée de mentir et de faire croire à tout le monde que, non seulement je suis une certaine personne mais également pouvoir dire mes sentiments.

En fait, il n'en est rien.
Cette transition m'a aidée. Je suis extérieurement la personne que j'ai toujours été intérieurement. Je ne suis plus obligée de mentir.
Mais ça s'arrête là.

Personne ne sait ce qu'il y a réellement en moi. Tout le monde me voit rayonnante, heureuse, forte et capable de tout encaisser. Sauf que, comme avant ma transition, c'est de la foutaise. La seule différence par rapport à avant la transition, c'est que si mon entourage le croit, moi je n'arrive plus à y croire.

C'est pour cette raison que je ne voulais plus écrire ici. Non seulement cela allait encore être des mauvaises nouvelles bien déprimantes et chiantes à lire mais en plus les quelques personnes de mon entourage qui ont accès à ce blog risquaient de mal prendre le fait que je leur mens depuis tout ce temps.
En même temps, les rares fois où j'essaie de parler un peu de moi, on me coupe la parole après la 1ere phrase (si on m'a laissée aller jusqu'au bout de la 1ere phrase). Je me dis donc qu'en fait, tout le monde s'en fout.

Mais au point où j'en suis, je me dis que cela n'a plus beaucoup d'importance. Si ces personnes se fâchent et ne me font plus confiance, je m'en fous. Vu que je ne suis pas sûre de pouvoir terminer l'année.

Je m'explique : cela fait des années que je cherche un emploi. C'est vrai que je suis un peu difficile puisque je veux un emploi qui m'intéresse. Je ne veux pas travailler uniquement pour le salaire mais aussi pour le plaisir. Et même si je n'ai rien contre les caissières du Carrouf, passer des codes-barres devant un laser à longueur de journée, ce n'est pas trop ma vision de la vie. Moi, je suis plutôt bureau, papiers, formulaires,...
J'avais postulé pour un emploi qui rentrait parfaitement dans mes cordes : call-taker au numéro d'urgence. Aider des gens tous les jours voire même contribuer à sauver des vies, ça c'est un métier d'enfer! Moi qui suis toujours derrière tout le monde à aider, c'était vraiment ce qu'il me fallait. Ma vie aurait au moins servi à quelque chose.
J'ai réussi les deux premiers examens sauf qu'au 2e il me manquait 2 points pour faire partie des 100 premiers et donc avoir accès au 3e examen (2 points = 1 question!).
Ce fut la grosse déception. Très grosse.

Bref, je cherche un emploi. Chaque fois que je trouve quelque chose qui me plaît, je reçois bien souvent comme réponse : "ah ouiiii, mais non". Sans plus d'explication.

Je ne sais donc pas ce qui fait que je suis refusée partout. Impossible donc de m'améliorer.

Ce n'est pas bien grave puisque j'ai toujours l'Etat qui me donne royalement 800€ chaque mois pour vivre grâce à cette chose qu'on appelle "chômage".

Oui mais voilà, la loi a changé et le chômage est limité dans le temps pour certaines catégories. Et je fais partie de cette catégorie. En gros, si la loi n'est pas re-modifiée, je perds mon droit au chômage au 31 décembre de cette année.
Si vous êtes belge, vous savez qu'il existe le CPAS.
Le CPAS peut donner une allocation sociale. Normalement, je rentre des les conditions pour l'obtenir. Oui, mais je n'en veux pas.

Les chômeurs sont déjà tellement mal vu, je ne vous parle pas des allocataires sociaux qu'on traite comme des fainéants et abrutis que même le chômage ne veut pas. De plus, être allocataire social, c'est être exclu des primes à l'embauche. En effet, un employeur obtient des réductions sociales et parfois même une partie du salaire de l'employé est payé par l'Etat lorsqu'il embauche un chômeur complet indemnisé. Un allocataire social n'étant pas un chômeur, ces primes, l'employeur, il n'y a pas droit.
Alors, qui croyez-vous que l'employeur engagera? Le chômeur motivé dont une partie du salaire sera payé par l'Etat ou l'allocataire social fainéant et abruti qu'il devra payer plein pot?

Bref, le CPAS, je n'en veux pas. Je ne veux pas tomber aussi bas.
Et retourner vivre chez ma mère, c'est hors de question. Je me suis démenée durant ces dernières années pour avoir une vie correcte que retourner chez ma mère c'est revenir à la case départ. Comme si tout ce que j'avais fait ces 5 dernières années n'avait servi à rien.

Donc, les choses sont les suivantes : à la fin de l'année, je serai sans revenus, je devrai vivre dans la rue.
Mais le pire de tout : plus de traitement hormonal ni d'opération!

En gros, le courrier de l'Onem qui arrivera quelques semaines avant l'échéance sera comme un arrêt de mort.

C'est drôle mais je me suis toujours demandée ce que je ferais si je pouvais connaître la date de ma mort. Est-ce que j'en profiterais ou est-ce que je continuerais comme si de rien n'était.

J'ai enfin la réponse à cette question : je fais comme si de rien n'était. Je continue à vivre normalement, attendant le moment fatidique. Et puis, qui sait, il peut encore y avoir un retournement de situation. Il reste encore 9 mois.

Pourtant, au fond de moi, je sais que je ne ferai jamais cette opération. J'ai un présentiment.  Je ne sais pas comment l'expliquer... En fait, je n'arrive pas à voir mon avenir. Comme si il n'y en avait pas. Je n'arrive pas à m'imaginer en 2015.

Enfin, voilà les news. Je ne sais pas si il y a encore du peuple qui passe par ici. Parfois j'espère que non. J'avoue avoir un peu honte de ce que j'écris. Il y a des gens qui sont dans des situations pires que la mienne et qui ne se plaignent pas. Du coup, ça me met toujours un peu mal à l'aise de parler. Surtout que je fais croire à tout le monde que je suis au pays des Bisounours.

J'ai vraiment l'impression que mon monde s'écroule...

On verra dans quelques mois l'évolution :-)