Pages

dimanche 20 juillet 2014

Pourquoi…

Chaque jour, je me pose cette question : pourquoi ne suis-je pas heureuse?

Je n'ai pas eu une vie facile. J'ai eu une enfance mais mon cerveau a préféré effacer tout ce qui s'y rapporte. Je ne me souviens que de mon adolescence. Adolescence difficile. A cacher qui je suis. A faire semblant.
Une adolescence ratée. Pourtant le meilleur moment d'une vie. Où on apprend beaucoup sur la vie, où on s'amuse entre amis, où on découvre l'amour, où on s'embrasse pour la première fois.

Tout ça, je ne l'ai pas eu. Je n'ai pas eu d'adolescence.

Vient ensuite la fin des études, le moment où on entre dans la vie active. Son premier job pourri sous payé. Où on a pour la première fois des collègues. Où on découvre les joies de se lever à 5h pour se coltiner les embouteillages ou les déodorants bon marchés dans le train pour arriver au bureau et se faire engueuler par le chef et pourtant en être heureux car c'est son premier job et on se dit qu'on va gravir les échelons et, un jour, être le chef qui engueule les petits nouveaux.

Ca non plus je ne l'ai pas eu. Moi, mon entrée dans la vie active c'est un DRH qui m'a dit qu'il ne pouvait pas m'engager car j'étais trop gros (au masculin à l'époque) et que j'allais nuire à l'image de la société.
Personne n'a jamais voulu de moi malgré mes efforts.

Un jour j'en ai eu marre de cette vie. Surtout de cette vie cachée. Cette vie fausse, ces faux sourires, ces faux rires. J'ai du faire un choix : mourir ou faire sortir au grand jour cette femme qui est en moi depuis toujours. J'ai opté pour la deuxième possibilité.

Je le regrette. C'était un mauvais choix.

Je ne regrette pas ma transition. C'est la meilleure chose que j'ai fait dans ma vie. J'aurais du le faire plus tôt. D'ailleurs, si je l'avais fait plus tôt, peut-être que j'aurais pu connaître cette adolescence, cette entrée dans la vie active.
Mes sourires auraient été vrais.

J'ai même eu beaucoup de chance dans ma transition. A partir du jour où je me suis décidée, tout est allé très vite. Beaucoup plus vite que la moyenne. Plus personne ne m'a appelée "Monsieur" depuis près de 2 ans. Même au téléphone il arrive qu'on m'appelle "Madame".
On dit que j'ai un passing correct (même si j'en doute fortement et que je suis persuadée qu'on me dit ça juste pour me faire plaisir). Je n'ai quasi pas été victime de transphobie, je n'ai pas été rejetée par mes amis ou ma famille. Et mon opération est prévue dans quelques mois.
Bref, j'ai tout pour être heureuse.

Alors, pourquoi ne le suis-je pas?
Pourquoi je rêve la nuit que je me jette d'un gratte-ciel?

Durant ma vie, j'ai aidé beaucoup de personnes : amis, famille, connaissances voire parfaits inconnus dans la rue.
J'ai consacré ma vie à aider les gens. Laissant mes problèmes de côté. Me disant que je m'en occuperai plus tard. Que le plus important, c'est eux. J'ai rangé mes problèmes dans un coin comme on range les papiers dans un carton en disant "je classerai cela plus tard", jusqu'au jour où le carton déborde et où on n'a pas le courage de tout trier. Alors, on jette tout.
Sauf que les problèmes, on ne peut pas le jeter, on doit les traiter. J'ai commencé par le plus gros dossier : ma transidentité. Le restant, j'ai essayé aussi, mais malgré que j'y mets une bonne partie de mon énergie, je n'y arrive pas. Rien ne marche, et je remets le papier dans son carton en disant "je verrai plus tard".

Sauf qu'il n'y a plus de "plus tard". Mes problèmes m'ont rattrapés et à la fin de l'année je dois faire un choix. Je serai sans revenu parce que moi choix a été de ne pas devenir allocataire sociale. Je ne veux pas de la pitié des gens. De l'aide, oui. Mais pas de la pitié.
Aujourd'hui, je ne veux plus qu'on m'aide. Je veux qu'on me laisse tranquille. Qu'on me laisse terminer l'année. Car à la fin de l'année, je serai morte.
La question qui reste en suspend c'est est-ce que cela sera au propre ou au figuré? Vais-je faire comme dans mes rêves nocturnes ou me contenterais-je de mourir socialement en allant vivre dans la rue?

Quand je dis que la question est en suspend, je mens un peu. J'ai déjà la réponse. Je ne la donnerai pas. Je la garde pour moi car il reste encore quelques mois et que tout peut changer. D'ailleurs, je suis confiante, je sais que tout va bien se passer. Que je vais trouver une solution. Mais si je n'en trouvais pas, que va-t-il se passer?

Une personne m'a demandé récemment si ça ne me fait pas peur.
Non.
Enfin, peut-être.
Mes angoisses sont peut-être liées à ça. A cette peur de cette fin d'année.

En attendant la réponse, je continue à vivre normalement. Je continue à chercher du travail. Un travail qui me plaira. Pas un qu'on m'aura imposé. On m'a imposé mon adolescence, on m'a imposé ma vie. On ne m'imposera pas la tâche que j'accomplirai chaque jour pour le reste de ma vie pour un salaire minable. Je veux un travail que j'ai choisi. Même avec un salaire minable. Car ce n'est pas le salaire qui m'importe, c'est de faire quelque chose qui me plaît et de me sentir utile.

Je continue aussi à être disponible pour tout le monde. Je suis là pour écouter les amis qui ont besoin de parler. Qui ont besoin de réconfort. Qui ont besoin de solutions.
Et si je ne trouve pas de solutions pour moi, je fais ce qui est possible pour trouver des solutions pour eux. Et si je n'en ai pas, je m'en veux. Et j'espère qu'avoir eu une oreille pour eux aura suffit à leur redonner le sourire, ne fut-ce que quelques instants.
Je crois que c'est ce qui me manquera le plus si je devais mourir socialement. Ne plus pouvoir aider.
C'est d'ailleurs paradoxal de regretter de ne plus être présente pour eux parce que j'ai été abandonnée de tous. Mais je suis comme ça. Je suis là pour aider, par pour être aidée. D'ailleurs, est-ce encore possible…
Aller dans cette association trans* et les écouter. Les écouter me raconter leurs craintes et les réconforter. Parfois aussi les ramener sur terre. Répondre à leurs questions. Donner des conseils. Les voir heureux(ses).

Je continue aussi à sourire. Même si il est faux. Même si derrière ce sourire c'est de la tristesse qui s'y trouve. Une tristesse que je ne comprends pas. Que je ne maîtrise pas.

Je veux une vie meilleure. Pas une belle vie. Je sais que ça n'existe pas, les belles vies. Je veux juste qu'elle soit un peu meilleure. Je veux un appart' bien décoré, un boulot que j'aime, une personne qui m'aime, des soirées entre amis à refaire le monde. Pouvoir aller prendre un chocolat chaud accompagnée.
Je ne veux pas beaucoup d'argent. Juste un équilibre budgétaire. Avoir un écran de 2m dans mon salon ne m'intéresse pas. Aller au bout du monde en vacances 3 fois par an encore moins. Je veux juste pouvoir payer ma facture de gaz sans être obligée de demander de l'aide.

Je veux vivre. Je veux un sourire vrai.

Je ne veux plus pleurer le soir. Je ne veux plus avoir des angoisses quand vient l'heure du souper. Je commence même à avoir des angoisses quand il y a trop de monde dans un magasin ou dans la rue.


jeudi 17 juillet 2014

La bibliothèque

Petite histoire qui m'est arrivée aujourd'hui.

J'ai une carte pour la bibliothèque près de chez de moi. En théorie, cette carte fonctionne dans toutes les bibliothèques du Hainaut. Dans les faits, c'est une vaste blague et quand on va dans une autre bibliothèque il faut faire une nouvelle inscription et de nouveau payer les droits d'auteur et d'inscription (mais on garde notre carte de lecteur).

Ne sachant pas ça, je me rends dans la bibliothèque principale de Mons (à Jemappes précisément) pour y emprunter un livre qui ne se trouvait que là.

Là aussi, en théorie, on peut demander à sa bibliothèque locale de faire venir le livre qui se trouverait dans n'importe quelle bibliothèque de la Province. Dans les faits, à chaque fois que j'en ai fait la demande, à chaque fois on me sort une excuse. Dernière en date : la camionnette est en panne.

Bref, voulant ce livre, je me rends à Jemappes. On me dit que je dois m'inscrire et on me demande ma carte d'identité. Je déteste ça car même si le prénom est bon, il n'en est pas de même pour le sexe.

Le bibliothécaire prend ma carte d'identité, la met dans le lecteur et me la rend quelques secondes plus tard. Et donc, dans ma petite tête "fait chier, encore un endroit où ça sera écrit partout "Monsieur".

Que nenni! Le bibliothécaire me demande "Mademoiselle ou Madame?"
Visiblement le "Monsieur" indiqué par ma carte d'identité ne lui plaisait pas ^^.
Bon, je sais que certaines d'entre-vous diront qu'il n'avait même pas à le demander et à juste mettre "Madame" mais personnellement, je trouve la démarche vraiment gentille de sa part. Il aurait plutôt pu faire comme ailleurs et laisser ce qui est dit par la puce de la carte d'identité.

J'allais pousser une gueulante auprès de la bibliothèque centrale du Hainaut (ou ce qui en fait office) concernant cette double facturation des droits d'auteur et cette supercherie de la "carte lecteur provinciale" mais après ça, je crois que je vais laisser tomber.

Près de chez moi, les bibliothécaires sont sympa. A Jemappes, c'est visiblement le cas aussi. Et j'ai "chatté" avec une bibliothécaire (qui se reconnaîtra ;-) ) qui est encore plus sympa. Vais finir par me reconvertir en bibliothécaire parce que j'ai l'impression que l'ambiance entre collègues doit être géniale ^^

Sinon, pour résumer, c'est vrai que cette aventure m'a rappelée que je suis trans* et qu'il y a quelque chose de pas normal sur mes papiers. Mais le fait que la personne a voulu bien faire me fait énormément plaisir et passe au dessus de ce rappel.

Quand on est victime de transphobie, on le gueule haut et fort partout. Quand on rencontre une telle tolérance et acceptation, je pense qu'il faut le dire aussi. Histoire de montrer que, non, les transphobes ne sont pas majoritaires.

(Note : il faudrait par contre faire quelque chose pour cette histoire de carte de lecteur provinciale et surtout arrêter de faire croire qu'il existe un service de prêt interbibliothèques vu qu'il y a toujours une excuse… Ca, c'est mon coup de gueule du jour, nah ;-) )

samedi 12 juillet 2014

Un autre 11 juillet

Aujourd'hui, c'était mon anniversaire.
J'espérais bien en profiter dans la cas où ça serait le dernier (on fête rarement son anniversaire quand on vit dans la rue) mais ce ne fût pas trop le cas.

Ma journée annuelle en Allemagne n'a pu avoir lieu à cause de la météo. Si c'est pour me taper l'Allemagne et rester dans un centre commercial à cause de la pluie, je n'en vois pas l'intérêt.
Donc, je suis restée en Belgique et je voulais faire quelque chose de spécial. J'avais pensé à un restaurant avec buffet à volonté. En fait, je n'aime que ce genre de restaurant. Pas pour le côté "à volonté" mais le côté "buffet" qui permet de prendre uniquement ce que j'aime et de manger un peu de tout. De plus, je n'aime pas être servie, je préfère le faire moi-même.
Ce genre de restaurant n'est pas donné (il faut toujours compter une 30aine d'€) mais bon, un anniversaire ce n'est qu'une fois par an et c'est le seul jour de l'année où je fais l'égoïste et où je ne pense qu'à moi.
Oui mais voilà, aller dans ce genre d'endroit seule, c'est assez nul. De plus, ça fait vraiment l'asociale qui n'a pas d'ami.

Donc, idée rejetée. Que faire donc… Encore une séance de tir? J'en ai déjà fait une hier et puis ça ne dure pas toute la journée.
Faire les boutiques? Pas vraiment un truc de fête.

Rappel : il est fortement déconseillé de contredire une femme ;-)


Au fond de moi, j'espérais un peu qu'un ami m'appelle me demandant une aide urgemment urgente et qu'en fait c'était pour me faire venir à une fête surprise où tous mes amis seraient présents. Puis, je me suis souvenue que je n'avais pas suffisamment d'amis pour ça ^^
En fait, il aurait fallu que les ordinateurs de tous mes amis tombent en panne aujourd'hui pour qu'ils se souviennent que j'existe vu que ce n'est qu'à cette condition qu'on se souvient de moi. Le nombre de messages reçu pour mon anniversaire en est d'ailleurs une belle preuve!
C'est vrai que j'ai enlevé ma date de naissance de Facebook (marre que mes données personnelles circulent partout). Du coup, Facebook n'ayant pas ordonné aux gens de me souhaiter un bon anniversaire, personne ne l'a fait. Si Facebook ne le dit pas, c'est qu'il ne faut rien faire. Facebook étant le nouveau Messie.

Non, les fêtes surprises, je sais que ça n'existe que dans les films puis j'avoue qu'il serait difficile de m'attirer quelque part puisque le 11 juillet je refuse systématiquement d'aider la moindre personne. Comme je l'ai dit plus haut, c'est le seul jour de l'année où je ne pense qu'à moi et où j'emmerde tout le monde. Un jour par an, je crois que je peux me le permettre.

Du coup, je suis allée chez ma mère… pour mon cadeau :)
J'ai eu un sac de transport pour mon appareil photo. J'en ai déjà un mais il est trop petit (1 Reflex + 2 objectifs + 1 grip + 2 batteries + des filtres + chargeur). Il m'en faut donc un plus grand et ma mère me l'offre. Ou plutôt va me l'offrir parce que je dois aller l'acheter moi-même :) Normal, elle n'y connaît rien alors elle avait peur de faire un mauvais achat.
Et la journée s'est poursuivie dans… un centre commercial! Du coup, ma mère en a profité pour me pousser à nouveau à me percer les oreilles. Je n'avais pas encore commencé ma transition qu'elle me poussait déjà à le faire (oui, pour rappel, ma mère était très pressée à ce que je commence ma transition).
Je me suis enfin décidée. Certes sur le coup ça ne fait pas mal. Mais après, si. Et ça demande pas mal de soin ce truc! Faut désinfecter plusieurs fois par jour. Je viens de le faire : j'ai eu des nausées ^^ Ca commence bien :-p

Côté cadeau, j'ai eu aussi un chèque cadeau dans un magasin de vêtements à ma tante et un nouveau portefeuille à ma meilleure amie (j'en avais besoin l'autre commençait à montrer des signes de faiblesse).

Je ne croule pas sous les cadeaux mais ce n'est pas vraiment ça qui est important pour moi. Ce qui est important c'est qu'on se souvienne que je suis aussi une personne et pas seulement une technicienne en informatique. J'ai eu deux SMS, 1 message privé sur FB et 3 messages sur le mur FB (+ ma mère ^^). Pas de quoi sauter au plafond. Je pensais avoir bien plus d'amis que ça. J'ai eu aussi 1 carte postale mais il y en aura peut-être encore lundi ou mardi si certaines personnes sont aussi rapides que moi ^^ En fait, j'ai eu 3 cartes mais ma tante et ma mère ça ne compte pas vu que c'est chaque année :) Mais j'ai eu une amie qui y a pensé quand même.

Bref, une journée de fête qui n'en a pas vraiment été une. Pas non plus une journée déprimante mais j'avoue que j'espérais mieux cette année

Bah, quand on y réfléchi, un anniversaire, ce n'est jamais qu'une journée comme les autres. Il n'y a donc pas de quoi se prendre la tête avec ça.

Demain les choses reprendront leur court normal. Enfin presque : j'ai quand même des trous dans les oreilles maintenant :-D
Oups, ça me fait penser que j'ai un ordinateur à faire d'ailleurs ^^